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Syndicat Général du Personnel des Autoroutes

Cofiroute: Comment redorer son blason sur le dos de la sécurité !

Publié le 1 mars 2016

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Source: Economie matin par Daniel Lafitte

Les sociétés concessionnaires d’autoroutes n’ont pas la cote. Les automobilistes subissent des hausses incessantes de tarifs et les pouvoirs publics se plaignent de l’absence d’investissements pour l’entretien et la rénovation des infrastructures. Pour redorer leur image, plusieurs de ces sociétés sont désormais partenaires d’une application nommée Waze. Problème : si Waze connait un succès populaire retentissant, l’appli d’aide à la conduite n’est pas non plus irréprochable, loin s’en faut.

Quand Jacques Chirac décide de privatiser 9 000 kilomètres de réseau routier en 2005, l’idée est de soulager l’Etat des campagnes de travaux de maintien du réseau routier. En contrepartie, les sociétés concessionnaires peuvent compter sur les péages pour faire du profit. Un bon deal sur le papier, pas dans les faits. Les 15 milliards déboursés par les sociétés que sont Vinci, la Sanef, Cofiroute et consorts sont amortis, alors que la concession est prévue (si elle n’est pas prolongée) jusqu’en 2033, voire 2036.

Dans un rapport accablant de la Cour des comptes de 2013, les contrats signés avec l’Etat sont fortement critiqués, d’autant que les contreparties exigées ne sont pas remplies, ou mal. Le réseau autoroutier se dégrade et les travaux censés être réalisés par ces sociétés trainent. Si les tarifs aux péages augmentent, les bénéfices engrangés ne sont pas réinvestis, mais profitent en premier lieu aux actionnaires. D’abord peu commentée, cette situation fait aujourd’hui l’objet d’articles réguliers dans la presse. Une mauvaise réputation que souhaitent gommer ces sociétés en se rapprochant d’un des chouchous des automobilistes, l’application d’aide à la conduite Waze.

Waze, partenaire infréquentable ?

Développée en Israël avant d’envahir les habitacles du monde entier, Waze se présente comme une application permettant de rendre la route plus sûre et d’éviter les bouchons. Le système repose sur le collaboratif puisque ce sont les autres automobilistes qui signalent le moindre problème rencontré (embouteillage, animal sur la route, etc.). La réactivité de cette application en fait un produit apprécié, et ils sont plus d’un million d’automobilistes à l’utiliser régulièrement en région parisienne.

Cette popularité a cependant un coût, que l’appli paye en jouant sur une certaine ambiguité. Officiellement, en conformité avec la loi française, Waze ne signale plus précisément radars et contrôles de police en France. Mais dans les faits, une simple manipulation permet de retrouver cette fonction, et le Web pullule de tutoriels expliquant comment s’y prendre. Deux lignes de code où l’on remplace « no » par « yes », et le tour est joué, l’application ne signale alors plus des « zones de contrôle » (zones couvrant 4 km sur autoroute, 2 km sur nationale et 500 m en ville) mais des points précis. A qui la faute dans ce cas ? Au conducteur/hacker semble-il, puisque le fait de posséder un avertisseur de radars est passible de 1 500 euros d’amende et d’un retrait de permis de 6 points. Un risque toutefois minime, les forces de l’ordre n’ayant pas le droit de fouiller dans votre téléphone. Waze a donc réussi à se couvrir, et ses utilisateurs peuvent continuer de repérer précisément les radars et contrôles de police en toute tranquillité. Pendant ce temps, la Sécurité routière tape du poing sur la table, et dénonce un « danger pour les conducteurs et pour autrui ». Pour la deuxième année consécutive, le nombre de morts sur la route a augmenté en 2015.

Mais l’application peut aussi être utilisée à des fins contraires : localiser précisément la police, non pas pour l’éviter, mais pour aller à sa rencontre. Patron de la police de Los Angeles, Charlie Beck alertait dans ce sens le PDG de Google, Larry Page, dans une lettre ouverte envoyée en décembre 2014 : « Je suis inquiet pour la sécurité des agents de police et du fait que votre application Waze puisse être utilisée par des criminels pour mettre en danger les forces de l’ordre ». Quelques semaines plus tôt, à New York, deux policiers avaient en effet été assassinés par un homme soupçonné d’avoir utilisé Waze pour les localiser.

Pourquoi avoir écrit à Google ? La firme a racheté Waze en 2013 pour 1,15 milliard de dollars. Un rachat qui pose question sur un autre plan, Google étant connu comme le roi de l’optimisation fiscale. Grâce à de savants montages financiers, la firme américaine n’a en effet payé, en 2014, que cinq millions d’euros en France au titre de l’impôt sur les bénéfices. Bercy vient de se lancer dans un bras de fer avec le géant californien, à qui il réclame 1,6 milliard d’euros d’impayés.

Si la mode, chez les autoroutiers, semble être au partenariat avec Waze pour améliorer leur image, pas sûr que cette option soit la bonne. On leur reproche déjà de capitaliser sur des infrastructures publiques sans veiller à l’entretien de ces dernières, il se pourrait maintenant qu’on les accuse de participer à l’enrichissement d’une société qui ne paye pas ses impôts en France. Bref, si Vinci et la Sanef ne veulent plus avoir mauvaise presse, peut-être serait-il temps qu’elles s’activent pour rendre nos routes plus modernes et sûres, au lieu d’essayer de faire illusion en montant des partenariats que certains risquent de trouver contestables.