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Syndicat Général du Personnel des Autoroutes

Plus de 3 millions de Français au bord du burn-out !

Publié le 10 mars 2014

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Paru dans le Monde

Plus de 3 millions d’actifs ont un risque élevé de faire un burn-out, selon une étude publiée mercredi par le cabinet Technologia. A l’occasion de cette étude, ce cabinet de prévention des risques professionnels lance un appel pour la reconnaissance par les autorités de ce syndrome d’épuisement professionnel.

Technologia s’est fondé sur un sondage mené auprès de 1 000 actifs. Il en ressort que 12,6 % d’entre eux encourent un burn-out, ce qui, rapporté à l’ensemble de la population, porte le nombre de personnes concernées à 3,2 millions d’actifs.

Le cabinet d’experts, qui est notamment intervenu chez France Télécom après la vague de suicides de 2008-2009, relève que le risque de burn-out, caractérisé par un travail excessif et compulsif, est particulièrement élevé chez les agriculteurs (23,5 %), devant les artisans, commerçants et chefs d’entreprise (19,7 %) et les cadres (19 %). Viennent ensuite les ouvriers (13,2 %), les professions intermédiaires (9,8 %) et les employés (6,8 %).

Cette affection touche des personnes sans antécédents psychiques et les pathologies « ne concernent que la sphère professionnelle », écrit Technologia. Selon ces experts, le lien « direct et essentiel » avec le travail est établi. Or, le cabinet note que ces affections sont « très difficilement reconnues » vu le flou sur la définition clinique de ce syndrome et l’absence de tableaux de maladies professionnelles spécifiques.

SEULES QUELQUES DIZAINES DE CAS SONT RECONNUS CHAQUE ANNÉE

A l’heure actuelle, le burn-out peut être reconnu au titre de l’article L 461-1 du code de la Sécurité sociale, mais uniquement si la maladie justifie une incapacité permanente de travail de plus de 25 % et si un lien « direct et essentiel » avec le travail a été mis en évidence par un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles. Seules quelques dizaines de cas sont reconnus chaque année.

Technologia lance donc un appel sur appel-burnout.fr pour la reconnaissance par la Sécurité sociale du burn-out par la création de trois nouveaux tableaux de maladies professionnelles : dépression d’épuisement, état de stress répété et anxiété généralisée.

Le cabinet avait déjà été à l’origine d’un appel visant à créer un observatoire du suicide, alors que la France affiche l’un des taux les plus élevés en Europe (plus de 10 000 par an). Cet appel avait été suivi d’effet puisqu’en septembre, le gouvernement avait lancé son observatoire national du suicide.

L’étude a été menée en ligne du 30 juillet au 20 août, auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 actifs, selon la méthode des quotas.

L’inquiétante banalisation du dopage des cadres

Le recours aux psychotropes pour faire face au stress se répand dans le monde du travail.

Aude Selly, responsable RH au sein d’un équipementier sportif, a, pendant des années, rempli sans faillir les multiples missions qui lui étaient assignées. Mais il y a deux ans, elle a commencé à prendre des anxiolytiques pour calmer son angoisse de ne pas y arriver et pour retrouver un sommeil devenu capricieux.

Cela a marché un temps puis, progressivement, elle a ressenti le besoin d’augmenter elle-même les doses, sans plus de surveillance médicale. « J’étais devenue addictive à la sensation de me sentir moins angoissée, raconte-t-elle. Cela a duré plusieurs mois, jusqu’au jour où toutes les plaquettes ont été vides. »

Quelques semaines plus tard, c’est le burn-out, la tentative de suicide et l’hospitalisation, qu’elle a racontés dans son livre Quand le travail vous tue (Maxima, 128 p., 14,80 €).

Aude Selly n’est pas un cas isolé. Le phénomène prend de l’ampleur de façon alarmante, selon les médecins qui témoignent. « A partir des années 2000, ces pratiques de dopage se sont développées et répandues dans l’ensemble du monde du travail », écrit Michel Hautefeuille, psychiatre, auteur de Dopage et vie quotidienne (Payot, 2009).

DES CADRES INTERMÉDIAIRES PRIS EN TENAILLES

« Il existe deux grandes catégories de psychotropes : les stimulants et les apaisants, indique Philippe Rodet, médecin, fondateur du cabinet Bien-être et entreprise. Ils sont largement utilisés, souvent simultanément, pour faire face à un niveau de stress croissant. » Leur consommation a commencé à se banaliser lorsque les cadres ont cherché à augmenter leurs capacités de travail et de performance, comme l’ont fait certains sportifs, dans un contexte de compétition de plus en plus forte.

Peu de milieux professionnels sont épargnés, en termes de secteur comme de taille d’entreprise. « Les plus touchés sont ceux qui travaillent au sein de grandes entreprises et les dirigeants de PME », indique M. Rodet. Fatma Bouvet de la Maisonneuve, psychiatre, responsable de consultations spécialisées en souffrance au travail, remarque, elle, une « aggravation de la situation depuis un an ou deux, très préoccupante ».

Elle constate une surreprésentation des cadres intermédiaires, pris en tenaille entre leurs responsables supérieurs directs et leurs collaborateurs, placés en porte à faux par rapport à leur propre système de valeurs. Les cadres des départements ressources humaines sont également touchés de plein fouet. Ainsi que les femmes, davantage sujettes aux troubles de l’anxiété et de la dépression.

EFFETS SECONDAIRES

Les cadres ont recours à ces béquilles chimiques pour pouvoir continuer à avancer face à la pression continue et aux injonctions paradoxales. « Les entreprises leur font suivre des formations en gestion du temps pour leur apprendre à dire non, mais, dans le même temps, ils reçoivent des mails à 20 heures auxquels ils doivent répondre à 21 heures… Sans oublier le travail le soir, le week-end », analyse la psychiatre.

« Faire face », « tenir le coup », « être encore plus performant » : tels sont les mots qui reviennent dans la bouche de ces cadres surmenés. « Mais s’ils peuvent tricher une semaine pour un gros dossier grâce à ces stimulants, prévient M. Rodet, ils ne peuvent pas tricher pendant cinq ans. »

M. Rodet met en garde contre les effets secondaires (troubles de la mémoire, modifications du comportement…) et les risques d’automédication et de dépendance. C’est particulièrement le cas des somnifères et des tranquillisants, surtout s’ils sont associés à de l’alcool ou à des drogues illégales (amphétamines ou cocaïne).

« DROIT DANS LE MUR »

Face à ce phénomène, les entreprises sont souvent dans le déni tant que la performance du salarié est là. Quant aux cadres, ils n’osent pas en parler. La honte ? La peur ? « Ils se taisent par peur d’être stigmatisés, discriminés ou, pire, éjectés », rapporte Mme Maisonneuve. « Une organisation qui ne laisse plus de place aux pauses et à la faiblesse passagère, qui ne comprend pas que ses cadres ne peuvent être qu’un temps des surhommes, va droit dans le mur… », alerte la psychiatre.

Pourtant, le coût humain et financier lié aux risques psycho-sociaux et aux troubles psychiques est élevé. « Nous sommes devant un problème de santé publique considérable », prévient Mme Maisonneuve, qui note une prise de conscience à l’intérieur de certaines entreprises.

Experts comme salariés en appellent à plus d’écoute et de considération. De son côté, M. Rodet insiste sur la nécessité de développer le préventif et pas seulement le curatif…